Ressemblances différentes

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Bangladesh - Autre Ville/Région
de Chamsia, le 27-01-2009

Ressemblances différentes

Ayant quitté Varanasi sans regrets, me voilà en transit pour 24h à Calcutta. Kolkata, de son nom indien, m’inspire bien plus et me met à l’aise. La ville est bouillonnante, embouteillages sur fond de bâtiment victorien, le loisir n’est pas un luxe mais un devoir. Je n’en dis pas trop pour l’instant, mais j’attends avec impatience d’y retourner.
J’embarque donc de bon matin pour prendre le bus, direction Dhaka, Bangladesh. Je tombe sur Mr Mon Ange Gardien qui me facilitera grandement le voyage et les formalités de douane. Hussein est un Bangladeshi qui sait faire preuve d’hospitalité et de générosité, il connaît bien l’Europe pour y être allé en voyage d’affaires. Il explique à mes yeux innocents certaines coutumes de son pays : les truands de la frontière qui vous change de la fausse monnaie, la fouille aléatoire des bagages à la douane qui dépend de l’humeur des uns et du portefeuille des autres, la corruption de la police, les bandes armées dans les quartiers chics de Dhaka, etc etc… Welcome in Bangladesh !

Ma première impression aura pourtant été assez bucolique, les 300 km qui séparent Dhaka de Kolkata se faisant en 13h de bus, j’ai eu le temps d’observer le paysage… Et je suis charmée par la beauté de ce pays. Des rizières, des bananeraies, des palmeraies, des bambouseraies, bref, du vert partout couvert d’un voile de poussière, un horizon toujours plat et mouillé. La terre regorge d’eau, même en cette saison hivernale réputée pour être la plus sèche de l’année. Pour sûr, pas une goutte ne tombe du ciel mais les bras du Gange et du Brahmapoutre sont omniprésents. Outre le riz, la seconde activité économique du pays semble être la fabrication de briques. On m’expliquera plus tard que le fleuve charrie quantité d’alluvions et de sédiments mais absolument aucune roche, pas le moindre petit caillou. La seule construction en dur qui résiste aux inondations c’est donc la brique cuite, faite à partir de ce même limon, et qui existe déjà à l’époque Maurya (IVe s. av. J.-C.). Dans les villages de la campagne, on préfère pourtant utiliser la bonne vieille technique de la cahute tressée en roseau sur des pilotis de quelques briques. Peu importe si la maison est emportée, on a l’habitude, on la reconstruira une fois la saison des pluies terminée.

Ce morceau de l’Inde, West Bengal avant la partition, est à bien des égards plus choquant. Un des pays les plus pauvres de la planète, surpeuplé avec environ 1000 personnes au km², touché tous les ans voire deux fois par an par des catastrophes climatiques, on ne compte plus les records du Bangladesh. La misère est à tous les coins de rues, entre bidonvilles citadins, mendiants exhibant leurs tares, et cadavres flottant sur le fleuve. Ici, la mort ne fait pas partie de la vie comme en Inde, mais la vie a un prix bien plus dérisoire. L’Islam étant la religion dominante, pas question de réincarnation ou de fatalisme. Ici on se bat pour vivre. Pour un bout de peau de poulet, pour un sac de jute converti en pagne long, pour quelques coups de pédale rémunérés. Tout est recyclé, pas pour la planète, mais pour subsister. Tout a un prix, et même la corruption devient intelligible…

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