Noël à Delhi

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Inde - Delhi
de Chamsia, le 02-01-2009

Noël à Delhi

"Incredible India!"
Voilà l’accueil que vous réserve les panneaux publicitaires de l'aéroport international Indira Gandhi de New Delhi. Puis c'est l'angoisse du tapis roulant : mon bagage est-il arrivé ? en un seul morceau ? sans avoir été visité ? etc... Puis la sortie où finalement j’arrive à passer sans me faire agresser par les 58 chauffeurs de taxis ni les 42 porteurs de rigueur. Le climat est doux, 12° C avec un brin de soleil, mais la vue est obstruée par un brouillard digne de Londres, à la différence qu'ici il s'agit d’un immense nuage de poussière.
64,5 roupies pour 1€, un taxi pré-payé, une odeur de masala… Ca y est, je suis de retour en Inde ! Je grimpe dans mon taxi de luxe (8,5€ la course, on peut appeler ça du luxe) et découvre le nouveau visage de Delhi. Embouteillages, motards avec casques, chantiers de métro, 4x4 Toyota et lunettes de marque. Heureusement, quelques Indiennes en sari sont encore assises en amazone à l’arrière de la moto, les échafaudages sont en bambous rafistolés, et les déchets traînent sur les bas-côtés. Mais presque pas une vache ne circule au milieu de la fourmilière urbaine… En trois ans, Delhi tend vers l’occidentalisation.

Je descends à Defence Colony chez des amis d'amis, Robert et Tiphaine, avec qui le courant passe tout de suite. Bel appartement de marbre blanc, un peu dur à chauffer quand la nuit tombe, mais chaleureux et situé à deux pas du marché. Quartier un peu huppé, la bourgeoisie Delhiote vient ici boire un café Lavazza avec un cheesecake et acheter du shampoing L’Oréal. Bon, il y a aussi les toilettes à ciel ouvert, le boui-boui à sambossas et les fruits de saison à 10 Rp le kilo... Ma cousine Fatema arrive tout fraîchement de Suisse et nous voilà parties à la conquête de la ville des Grands Moghols. Déjeuner dans le resto tamoul du coin où nous dégustons un « rava », sorte de crêpe trouée comme une passoire et remplie d’une farce que l’on choisit : légumes, noix de coco fraîche, patates masala, ou même les trois à la fois. Une multitude de sauces accompagne toujours le plat et met nos papilles en éveil. Là, on a forcé sur le gingembre, ici sur le cumin, et souvent sur le piment ! Nous nous ruons ensuite sur le bazar du coin, pour pouvoir s’habiller décemment. Tunique et pantalon bouffant pour tout le monde, couleurs et broderies sont de sortie. Nous montons à quatre dans le rickshow, sans que cela n’étonne personne à part nous bien sûr, et humons la foule qui s’agite dans les ruelles noires de monde. On se bouscule, on se marche dessus, on repère un article, on chope un thé au passage, on négocie vaguement et le marché est conclu.
Le rickshow est LE moyen de transport du coin. Citadin, ce scooter à trois roues est coiffé d’une sorte de boîte de conserve en guise d’habitacle et d’un vague rideau faisant office de porte. Au gré de son conducteur, il se faufile parmi les voitures sans respect aucun du code de la route. Il faut savoir que se déplacer dans Delhi avec un engin motorisé relève du miracle, les rétroviseurs sont rentrés vers l’intérieur ou inexistants puisqu’on s’oriente au bruit des klaxons. Les camions et les bus le précisent bien à l’arrière de leur train : « Horn please ! » alors que les rickshows ripostent par un « keep distance ». Je pense dans mon for intérieur que si j’arrive à circuler dans cette ville avec la Cox, je pourrais me sortir de n’importe quel pétrin !

La dynastie des Grands Moghols est d’origine persane. Venus de Samarcande, les descendants de Gengis Khan et Tamerlan (rien que ça...) ont établi l'épicentre de leur pouvoir à Kaboul. Babour le fondateur puis son fils Homayun, Akbar le plus fameux, Shah Jahan, Jahangir et Aurangzeb, tiennent la liste chronologique de ces empereurs musulmans amoureux des arts, conquérants de l’Inde des Maharajahs. Tout le XVIe siècle aura été marqué de leur empreinte.

A Delhi, de nombreux fragments architecturaux de cette époque sont éparpillés. Le Fort Rouge tout d'abord, au nord de la vieille ville et faisant face à la Grande Mosquée du Vendredi (Jamma Majid), donne une impression massive d'invincibilité. Les hauts murs de grès rouge sont relayés par des lanternons finement ciselés, la porte de Lahore est coudée, petits détails stratégiques pour perturber l'ennemi. Aujourd'hui l'accès aux différents palais se fait par une longue allée de vendeurs de souvenirs ("Come and see my shop madam, not to buy madam, just to have a look madam!"). On y retrouve la salle d'audience publique et celle privée (Diwan e Khas/Diwan e Am), vastes portiques aux arches polylobées. Tous sont reliés par un réseau de bassins asséchés qui laissent supposer la magnificence et l’effet luxuriant du lieu. Comme au tombeau d’Homayun, tout réside dans l’alternance entre marbre blanc et grès rouge tranchant sur le vert des pelouses et le bleu du ciel. Les lieux les plus importants sont distingués par du marbre blanc et des incrustations de couleurs rappelant toujours des motifs végétaux. On reconnaît l'influence de la Perse à cet amour des fleurs et à l'appel de la poésie.

La Grande Mosquée quant à elle laisse un désir de méditation. Nous entrons par la porte sud après avoir traversé le quartier musulman, que l’on repère à ses odeurs de viande, aux toques et barbes blanches. L’esplanade immense distribue sur les quatre côtés, aménagés en colonnades, les différents bâtiments : la salle de prière, dominée par trois dômes en forme de bulbe, et une porte qui lui fait face à l’est, où la lumière jongle avec le rouge du grès. Au centre de la place, un grand bassin pour les ablutions, pas de toute fraîcheur. Partout des plumes et des déjections de pigeons.

Nous continuons la balade vers le tombeau d’Homayun. Petit havre de paix malgré la foule incessante de visiteurs en tout genre, scolaires indiens, couples mixtes (anglais/indien), étrangers suivant leur petit guide. Les gamins sont un peu timides, ils viennent dire bonjour, faire des photos avec nous et exercent leur anglais. Moi et Fatma sommes habillées en Penjâbi ce qui fait beaucoup rire les collégiennes. Nous restons là un long moment, sur l’esplanade en hauteur du bâtiment, à profiter des rayons du soleil couchant bercés par le chant des oiseaux. Un repas de thé et de Golab Djoma (pâtisserie au miel et à la farine, absolument pas gras…) devant les derniers potins de Bollywood sur Zoom TV et au lit.

Virée au sud de la ville où nous partons visiter le Qutb Minar, grand minaret de plus de 70m de haut construit au tout début du XIIIe siècle qui rappelle les dynasties afghanes de Ghazni. L’architecture est cependant beaucoup plus complexe, le minaret est bourrelé de cannelures où les niveaux vides alternent avec des registres de versets du Coran. Le site est très prisé des touristes indiens, photos de famille, sortie de classe, tous aussi curieux de nous voir, les uns nous disent bonjour les autres nous immortalisent sur leur téléphones portables. Quelques vestiges de la mosquée adjacente au minaret symbolisent le parfait syncrétisme des styles et à la fois l’originalité de l’Inde. S’il n’y avait les arabesques, on se croirait dans un temple bouddhiste ou hindou, seule l’iconographie du dieu concerné change. On retrouve les mêmes arcs polylobés, les linteaux-piliers-bases de colonnes travaillés et les motifs végétaux partout.

Dans un style complètement différent, le Lotus Temple est un des lieux incontournables de Delhi. Ce temple de toutes les religions forme comme son nom l’indique une fleur de lotus semi éclose. Une atmosphère très sereine y règne. Comme la plupart des monuments de Delhi, et je me demande si ce n’est pas le cas de toute l’Inde, la foule est au rendez-vous. 153 personnes sur chaque photo, Indiens et Occidentaux confondus, des cris, des pleurs et des bousculades. Mais aussi des rires, des tintements de clochette et des odeurs de jasmin.

Enfin, le quartier Nizâmuddin est un dédale de ruelles qu’il ne faut pas manquer. Il porte le nom d’un poète soufi dont le tombeau est très apprécié des pèlerins autant que des mendiants. Perdu dans un labyrinthe d’échoppes à bondieuseries, on en distingue difficilement l’entrée. Une foule de regards noirs, un sentiment un peu terrifiant, et on arrive sur cette petite place de marbre sculpté, qui vit au rythme des cinq prières quotidiennes. Le tombeau en lui-même est un bâtiment placé au centre, décoré de dorures, autour duquel les femmes multicolores font leurs prières. Don obligatoire, il faut également laisser son nom pour immortaliser son passage. Quand nous notons les nôtres, le teneur du registre s’exprimant dans un persan irréprochable se souvient : « Sadozaï ? Issaq Sadozaï ? ». Et oui, notre grand-père venu sur les lieux il y a plus de 35 ans… A croire que l’intendant connaît le registre par cœur… On se demande même avec Fatema s’il ne le lit pas tous les soirs avant de se coucher ! En signe de reconnaissance, le monsieur sans âge nous offre un voile sacré chacune et des petites sucreries divines.

Voilà pour Old et New Delhi. Quinze jours dans le coin, nous ne pouvions manquer l’immanquable séjour à Agra. 200km de distance, soit 7h de bus aller et 6h de train retour (en express bien sûr). Arrivée dans une marée humaine de touristes… Nous avons évidemment choisi le week-end le plus peuplé de l’année, entre Noël et Nouvel An, où tous les Indiens sont de sortie.
Nous trouvons un rickshow-wallah pour nous faire faire le tour de la ville. Azim Khan connaît les trucs et astuces de sa ville natale, les petites ruelles pour éviter les embouteillages, les recommandations appropriées à chaque site. Nous visitons donc le Fort Rouge d’Agra, qui n’est que partiellement visitable le reste étant réquisitionné par l’armée. Assez similaire à celui de Delhi, il se distingue par son luxe plus exacerbé et sa vue plongeante sur le Taj Mahal. Guides, touristes et singes se bousculent. Impossible d’avoir un sentiment quelconque face à la majesté des lieux, tant les nuisances sont physiques et sonores. On arrive quand même à décrocher une photo un peu originale, à percevoir le rouge alterné de blanc et quelques incrustations de pierres précieuses dans une salle un peu cachée. Puis c’est de nouveau la lutte… Non merci, pas de guide, ni de carte postale, ni de photo, ni de guide, ni de… pfffff, le CD tourne en boucle, et nous tentons de rester aimable.
Nous filons ensuite vers le Taj Mahal, juste pour apprécier les rayons du soleil couchant se baigner sur les rondeurs des dômes du mausolée. Nous sommes sur le sable charrié par la rivière Yamuna et là, oui, on ne peut que contempler la force tranquille du monument. La gigantisme, l’irréel et la finesse, tout se mélange et donne lieu à la contemplation.

Un réveil matinal (5h30), une bruine hivernale et un Taj Mahal pour bien commencer la journée. Que demander de plus… Une vraie enceinte fortifiée que ce tombeau de la reine Mumtaz, femme de Shah Jahan. Pas de chaussures, pas de nourriture, pas d’appareil électronique, pas de livre… Derrière une fortification de grès rouge, il apparaît, sublime, dans un voile de brume et flatté par les premiers rayons du soleil. Nous profitons de la quiétude pour savourer chaque instant, chaque minute, chaque seconde qui diffère de la précédente. Une grande allée bordée de bassins d’eau et décorée de cyprès mène au monument, flanquée de part et d’autre par des pelouses verdoyantes où sont plantés des arbres de différentes espèces. Quelques fleurs mais très peu, du marbre et du grès essentiellement. On est vraiment subjugué par le Taj, il attire la foule comme un aimant, chacun y va de sa photo, ou plutôt de sa rafale de photos… Tandis que les mosquées latérales (en grès rouge) baignent encore dans le brouillard, le macaron au citron sort peu à peu de sa torpeur. Quatre minarets délimitent la terrasse sur lequel il repose, et de chaque côté des iwans ouvrent sur l’intimité du tombeau. Les façades extérieures sont ornées de reflets de couleurs, alors que l’intérieur, sans éclairage, est quant à lui incrusté de pierres précieuses. Les fleurs et autres motifs végétaux sont le dénominateur commun à toute cette dentelle de marbre, suggéré, dessiné, sculpté ou incrusté, on les retrouve sous toutes les formes. Onyx, cornaline, jade, rubis et lapis-lazuli complètent la liste des matériaux précieux. Notre seul regret aura été de ne pas avoir le soleil plus haut pour le voir illuminer l’intérieur du mausolée. Mais heureusement, nous avons eu le loisir de le voir dans de bonnes conditions, sans trop de monde, et avec juste un voile de brouillard (d’autres n’auront eu qu’une purée de poix !).

Petit café dans la vieille ville avec vue pour nous remettre de nos émotions matinales. Il est 9h et les singes dégustent les mets volés sur les terrasses. Nous partons pour Fatehpur Sikri, ville construite par Akbar mais abandonnée peu de temps après pour cause d’assèchement de la nappe phréatique. La ville rouge. Ville dont peu de portions sont visitables, les palais et la place principale sont les vestiges les mieux conservés tandis que gisent à ciel ouvert les ruines d’un caravansérail le long de la porte des éléphants. Dans la zone visitée, nous sommes agressées tout du long par les gamins et autres racoleurs, tous se prétendent guides et personne ne nous laisse en paix. Harcèlement moral ou comment user les nerfs des honnêtes gens. Avec toute cette foule, touristes et vendeurs confondus (en plus des dévots venant sur la tombe d’un saint), il est impossible d’apprécier le site à sa juste valeur. Le seul souvenir que j’aurais sera certainement le bruit de tous ces gens… Nous avons heureusement trouvé un peu de quiétude dans les ruines et apprécié le trajet en bus pourri depuis Agra. A l’aller j’étais plaquée contre le pare-brise en m’estimant heureuse de ne pas être collée à l’arrière sur les sièges éjectables ou debout… Au retour, nous étions confortablement assises, et pour le même prix.

Grande impression donc que cette quinzaine indienne. Pour les anecdotes, nous fêtions Noël au cinéma de Pahar Ganj, en regardant le dernier film avec Shah Ruh Khan (Rab ne bana di Jodi pour les connaisseurs) et passions le réveillon 2009 en plein suspens devant Jodhaa Akbar, film retraçant l’histoire de la femme rajpoute de l’empereur. 4h de film qui nous ont fait passé de 2008 à 2009. A minuit nous pestions contre les pétards et autres feux d’artifices qui perturbaient les chansons. Amour, Tolérance, Beauté et… Bollywood pour bien commencer l’année…

HAPPY NEW YEAR à tous!

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Commentaires sur cet article
Nil
dis tu me dédicaceras ton récit de voyage? :) hâte de suivre la suite de tes aventures!
 
Chamsia
pour avoir les photos en prime:
http://www.facebook.com/album.php?aid=68443&l=6e3b1&id=717306369
 

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